Les algues sont la bête noire de l'aquascaping, mais elles sont aussi les meilleurs indicateurs de ce qui ne va pas dans un bac. Chaque type d'algue a une cause précise, et cette cause oriente directement la solution. Se battre contre les algues sans les identifier, c'est traiter un symptôme au hasard. Ça peut marcher par chance, mais ce n'est pas reproductible.
En 12 ans de bacs, j'ai croisé tous les types décrits ici. Certains m'ont rendu fou pendant des semaines. Voici ce que j'ai appris, erreurs incluses.
Comprendre pourquoi les algues apparaissent
Les algues ne surgissent pas de nulle part. Elles profitent de trois grands déséquilibres : trop de lumière par rapport aux nutriments disponibles, trop de nutriments par rapport à la lumière et à la consommation des plantes, ou une perturbation du bac (nouveau setup, changement de matériel, masse de plantes trop faible au démarrage).
Les plantes et les algues se disputent les mêmes ressources. Dans un bac bien équilibré, les plantes consomment si vite que les algues n'ont pas d'opportunité. Un aquascape jeune avec peu de plantes et beaucoup de lumière est donc structurellement vulnérable. C'est normal, et c'est transitoire si on gère bien.
Règle d'or : avant de traiter des algues, demandez-vous ce qui a changé dans le bac les 2 à 3 semaines précédentes. La cause est presque toujours là.
Les 8 types d'algues les plus courants
1. Les diatomées (algues brunes)
Apparence : film brun-orangé poudreux sur le substrat, les vitres et les décorations. Se nettoie facilement à la main ou avec un racleur.
Cause : présence de silicates dans l'eau, souvent dans les bacs neufs ou après utilisation d'un sable riche en silice. Elles disparaissent généralement d'elles-mêmes en 4 à 8 semaines, une fois que les plantes et les bactéries consomment les silicates disponibles.
Solution : patience et nettoyage mécanique régulier. Des otocinclus les dévorent avec enthousiasme.
2. Les algues vertes en point (spot algae)
Apparence : petits points verts durs sur les vitres et les décors. Difficiles à enlever avec un chiffon, il faut un racleur à lame.
Cause : éclairage trop intense ou trop long, parfois combiné à un faible taux de CO2. Elles apparaissent souvent sur les vitres exposées au soleil indirect.
Solution : réduire la durée d'éclairage de 1 à 2 heures. Nettoyage mécanique à la lame. Les nérites (escargots) sont redoutables pour les prévenir.
3. Les algues filamenteuses vertes
Apparence : longs fils verts qui s'accrochent aux plantes, aux pierres et aux filtres. Peuvent se présenter en touffes ou en voile lâche.
Cause : excès de nutriments (nitrates ou phosphates élevés) combiné à une lumière forte. Apparaissent souvent quand on suralimente ou quand les changements d'eau sont insuffisants.
Solution : augmenter les changements d'eau, réduire la nourriture, éliminer mécaniquement à la main ou avec un bâton. Les amanos (Caridina multidentata) sont d'excellents auxiliaires.
4. Les algues barbe noire (BBA – Black Brush Algae)
Apparence : touffes noires ou gris foncé, courtes et dures, sur les bords des feuilles, les pierres et les tuyaux. Ressemblent à une barbe de quelques millimètres.
Cause principale : fluctuations du CO2. Un bac qui varie entre trop peu et trop de CO2 selon les moments de la journée est une invitation à la BBA. L'eau trop riche en CO2 bicarbonate (KH élevé) peut aussi favoriser son apparition.
Solutions :
- Stabiliser le CO2 avec une minuterie et un réglage constant.
- Application localisée de glutaraldéhyde (Seachem Excel ou équivalent) sur les zones touchées à la seringue, bac vidé partiellement.
- Les siamois (SAE – Crossocheilus oblongus) la consomment, mais seulement quand elle est jeune et molle.
- En dernier recours : retirer les éléments les plus touchés et traiter hors bac avec de l'eau de javel diluée (rinçage abondant après).
5. L'eau verte (bloom d'algues unicellulaires)
Apparence : l'eau devient opaque, vert pois. On ne voit plus le fond. Aucune algue visible sur les surfaces — les cellules sont en suspension dans l'eau.
Cause : explosion de micro-algues unicellulaires, favorisée par une lumière solaire directe sur le bac, un excès de nutriments et une biomasse de plantes insuffisante.
Solutions :
- Obscurcissement complet du bac pendant 3 jours (film noir, couverture) — les plantes survivent, les algues unicellulaires non.
- Stérilisateur UV branché sur la sortie du filtre : très efficace.
- Éliminer la source de lumière parasite (déplacer le bac hors du soleil direct).
6. Le cyanobactéries (algues bleues-vertes)
Apparence : film bleu-vert ou rouge-brun qui recouvre le substrat, les plantes et les pierres. Odeur caractéristique et désagréable. Se décolle facilement en plaques.
Cause : paradoxalement, les cyanobactéries prolifèrent souvent quand les nitrates sont trop bas. Elles fixent l'azote atmosphérique directement. Brassage insuffisant et zones mortes dans le bac aggravent le problème.
Solutions :
- Augmenter le brassage dans les zones touchées.
- Remontée contrôlée des nitrates (NO3 entre 10 et 25 mg/L).
- Traitement à l'antibiotique (érythromycine) : efficace mais détruit la flore bactérienne filtrante — à utiliser en dernier recours avec reensemencement après.
- Obscurcissement 3 jours + siphonnage mécanique.
7. Les algues staghorn (bois de cerf)
Apparence : filaments gris-vert ou gris-brun ramifiés comme des bois de cerf, rigides, accrochés aux bords des feuilles et aux entrées de filtre.
Cause : CO2 insuffisant ou irrégulier, flux d'eau fort qui crée des zones mal alimentées en CO2 dissous.
Solution : augmenter et stabiliser le CO2. Application localisée de glutaraldéhyde. Les amanos les consomment si elles sont jeunes.
8. Les algues thread (cheveux d'ange)
Apparence : fils très fins, longs et translucides ou vert pâle, qui flottent dans le courant ou s'accrochent aux plantes en voile léger.
Cause : souvent un excès de fer ou de microéléments, parfois combiné à une lumière forte. Apparaissent fréquemment après une surfertilisation.
Solution : réduire la fertilisation en fer, éliminer mécaniquement en enroulant sur un bâton. Les amanos les attaquent volontiers.
La méthode de diagnostic en 5 questions
Quand des algues apparaissent dans mon bac, je me pose ces questions dans l'ordre :
- Est-ce un bac récent (moins de 8 semaines) ? → Probablement diatomées, patience.
- Le CO2 est-il stable et suffisant ? → BBA et staghorn adorent les fluctuations.
- La durée ou l'intensité d'éclairage a-t-elle changé récemment ? → Réduire de 10–15 %.
- Les nitrates sont-ils très bas (sous 5 mg/L) ? → Risque de cyanobactéries.
- A-t-on suralimenté ou sur-fertilisé ? → Réduire apports, changer d'eau.
Les auxiliaires naturels à avoir dans son bac
Certains habitants font le travail à votre place :
- Otocinclus : spécialistes des diatomées et du voile vert sur les vitres.
- Caridina multidentata (Amano) : les meilleures crevettes anti-algues toutes catégories.
- Nérites (Neritina natalensis) : imbattables sur les points verts durs.
- Crossocheilus oblongus (SAE) : pour la BBA et la staghorn jeunes.
- Planorbes rouges : nettoient les vitres et le substrat discrètement.
Les algues ne sont pas une défaite. Elles sont une information. Un bac qui n'a jamais connu une petite vague d'algues est souvent un bac qui n'a pas encore été vraiment mis à l'épreuve.
Ce qu'il ne faut pas faire
- Utiliser massivement des produits anti-algues chimiques sans identifier la cause : ça revient toujours.
- Faire un blackout de 7 jours alors que les plantes ne sont pas en assez bonne santé pour survivre.
- Changer brutalement plusieurs paramètres en même temps : impossible de savoir ce qui a fonctionné.
- Ajouter des poissons mangeurs d'algues sans connaître leurs besoins : un SAE adulte peut devenir agressif et manger des plantes.
La lutte contre les algues est une question d'équilibre, pas d'arsenal chimique. Un bac bien planté avec un CO2 stable, un éclairage calibré et une population modérée ne fera jamais d'invasion sévère. Les algues ne gagnent que dans les bacs déséquilibrés — et ce déséquilibre a toujours une cause identifiable.